Académie de trading FxPro

Un brève histoire du Forex

Ce qui suit est un bref résumé des développements historiques à l’origine du Forex, marché sur lequel vous vous préparez à négocier.

Bretton Woods, 1944. Le dollar américain devient la devise de réserve mondiale.

En juillet 1944, alors que la Deuxième Guerre mondiale fait encore rage en Europe et en Asie du Sud-Est, 730 représentants des 44 nations alliées se réunissent à l’hôtel Mount Washington à Bretton, dans le New Hampshire, aux États-Unis, pour la Conférence monétaire et financière des Nations-Unies. Il s’agissait d’une tentative de trouver un consensus sur la manière de régir l’économie internationale à la suite de la guerre, ainsi que de s’attaquer aux politiques isolationnistes de discrimination économique et à la guerre commerciale, dont beaucoup pensaient qu’elles avaient contribué aux deux guerres mondiales, ainsi qu’à la Grande Dépression. Ainsi, éradiquer les politiques du “chacn pour soi” (qui atténuent les difficultés économiques d’un pays aux dépens des autres) et encourager une circulation plus libre des échanges entre les nations furent les sujets au centre des débats. Clé de voûte des accords, un système de paiement qui facilite le commerce, tout en mettant en place des protections contre les fluctuations excessives des devises ainsi que les dévaluations concurrentielles. Pour toutes ces raisons, Bretton Woods fut un cap majeur dans le développement du marché des changes international, et du système financier mondial que nous connaissons aujourd'hui.

C’était la première fois qu’un système monétaire global était négocié entre les États nations et, même si la plupart des points-clés de Bretton Woods ont depuis été abandonnés, son héritage survit au sein des institutions auxquelles les accords ont donné naissance. Les accords, conclus le 22 juillet 1944 à Bretton Woods, ont conduit à la création du Fonds Monétaire International (FMI), de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, qui fait aujourd'hui partie de la Banque mondiale) et à l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT).

Au cœur des accords de Bretton Woods se trouvait un système de taux de change fixes entre les pays, dont les devises étaient toutes indexées sur le dollar américain, avec une convertibilité du dollar en or au taux fixe de 35 $ par once. Ceci fit concrètement du dollar la devise de réserve mondiale, dans la mesure où il reprenait le rôle précédemment joué par l’Étalon-or. De surcroît, son interchangeabilité avec l’or en faisait la monnaie dotée du plus fort pouvoir d’achat. Par ailleurs, la manière dont il servait de repère aux autres devises, chacune avec leur propre taux fixe, signifiait que la majorité des transactions internationales étaient libellées en dollars américains. Étant donné qu’au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les puissances européennes étaient très affectées par le conflit et lourdement endettées vis-à-vis des États-Unis, le climat géopolitique et économique était idéal pour l’avènement des USA en tant que première superpuissance mondiale. Alors que la Grande-Bretagne avait été la force économique dominante au XIXe siècle, la livre sterling occupant fièrement la place de devise de réserve mondiale au cours de cette période, la deuxième partie du XXe siècle vit cette suprématie passer entre les mains des États-Unis.

L’après-Bretton Woods. Essor du capitalisme de marché.

Les accords Bretton de Woods survécurent jusqu’en 1971, quand ils furent remplacés par les éphémères accords de Washington, négociés par le président des États-Unis de l’époque, Richard Nixon. Cependant, l’âge d’or de Bretton Woods ne dura vraiment que jusqu’en 1968, date jusqu’à laquelle il y eut une amélioration mondiale continue de la production et du commerce et, dès 1959, les devises concernées par les accords connurent une convertibilité totale. Mais ce fut la relation du dollar avec l’or qui allait s’avérer être le véritable problème qui finirait par ébranler le système, ainsi que le fait que les États-Unis entretenaient une balance commerciale largement déficitaire afin d’aider à financer la reconstruction en Europe et de maintenir la liquidité du système financier. Les économistes avaient prévu cette éventualité plus d’une décennie auparavant, et la nécessité de maintenir l’or à 35 $ l’once fut en effet un problème dès la fin des années 1950.

Le principal problème des accords de Bretton Woods fut probablement présenté de la meilleure manière en 1960 par Robert Triffin, un économiste qui écrivit sur ce qui deviendrait plus tard connu comme le dilemme de Triffin. Pour faire court, le dilemme de Triffin avançait que le déficit des États-Unis était vital pour la croissance économique et la liquidité du système financier, mais qu’au bout du compte, ce même déficit qui favorisait la reconstruction européenne d’après-guerre était voué à ébranler la confiance dans le dollar US en tant que devise de réserve mondiale, et pourrait finalement entraîner une instabilité financière généralisée.

Le dollar US était la seule devise à jouir d’une convertibilité avec l’or et, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis possédaient environ 65 % des réserves mondiales en la matière. Toutefois, produire davantage d’or n’était plus viable économiquement en raison de l’inflation et, comme de plus en plus de dollars étaient injectés dans le système financier mondial et que les réserves d’or américaines ne bougeaient presque pas, la confiance dans la devise états-unienne commença à faiblir, à mesure qu’il devenait évident que le pays ne pourrait tenir ses engagements si les détenteurs de dollars désiraient appliquer la convertibilité de la devise. Par ailleurs, l’existence d’un marché libre (et distinct des transactions exécutées par les banques centrales selon les taux de Bretton Woods) sur lequel l’or était négocié donna lieu à une situation où il était moins coûteux d’acheter de l’or au taux de Bretton Woods que de le vendre sur le marché libre.

En 1971, les États-Unis ne possédaient suffisamment d’or que pour couvrir 22 % des réserves étrangères de dollars et présentaient un déficit de réserve de 56 milliards. Ajoutez à cela la dette publique croissante du pays, utilisée pour financer les initiatives de la Grande Société introduites par le président Lyndon B. Johnson, ainsi que la guerre en cours au Viêt-Nam, et il était devenu évident que le système de Bretton Woods n’était plus tenable. En novembre 1967, le Royaume-Uni dévalua la livre sterling de 2,80 à 2,40 $. En novembre 1968, une crise monétaire se solda par la fermeture des marchés français, allemand et britannique. En août 1968, le franc français fut dévalué de 0,18 gramme d’or par franc à 0,16. En octobre de la même année, le Deutsche Mark fut réévalué de 0,25 à 0,273 $. Enfin, en mai 1971, le mark et le florin néerlandais entrèrent en libre fluctuation. Le 15 août de la même année, le président des États-Unis Richard Nixon annula la convertibilité du dollar avec l’or, imposa une taxe de 10 % à l’importation et gela temporairement les prix et les salaires. Ces mesures devinrent connues sous le nom de « choc Nixon » et poussèrent toutes les principales puissances économiques, à l’exception de la France, à placer leurs devises en libre fluctuation et à commencer à intervenir en rachetant des dollars.

En décembre 1971, les accords de Washington furent signés entre les pays du G-10. Il s’agissait d’une tentative de maintenir en vie le système de Bretton Woods en ajustant les taux fixes pour qu’ils reflètent plus fidèlement les pressions du marché du début des années 1970. Le dollar fut de nouveau fixé sur l’or au prix de 38 $ par once et fut autorisé à fluctuer au sein d’une marge de 2,25 %, plutôt que celle de 1 % octroyée par Bretton Woods, les autres nations acceptant de réajuster en conséquence leurs taux fixes par rapport au dollar fraîchement dévalué. La principale différence entre les accords de Washington et ceux de Bretton Woods était que le dollar américain n’était plus convertible en or. Alors que les accords de Washington adaptèrent les relations entre les devises mondiales, ils ignorèrent les déséquilibres fondamentaux qui avaient conduit à la dévaluation du dollar en premier lieu. Les États-Unis continuèrent à entretenir un déficit énorme, de même qu’à accroître leurs stocks d’argent à un rythme inflationniste, ce qui poussa d’autres banques centrale à intervenir afin d’empêcher leurs propres devises de s’apprécier, fixées comme elles l’étaient au dollar. En 1972, la livre sterling fut finalement autorisée à fluctuer par rapport au dollar. Une hausse de la valeur de l’or se solda par une inévitable nouvelle réévaluation du dollar en février, à 42,22 $ l’once (entraînant à son tour une réévaluation de toutes les principales devises face au dollar). En mars de la même année, après d’importantes interventions des banques centrales européennes pour un coût d’environ 3,5 milliards de dollars, le système à taux fixe s’effondra intégralement et la valeur du dollar US dut dorénavant être déterminée par l’économie de marché.

L’OPEP et la crise du pétrole de 1973.

Jusqu’ici, nous avons négligé un acteur significatif dans notre histoire. Si l’or tient une place très conséquente dans l’histoire du Forex, le pétrole, aussi vital pour la dynamique du secteur qu’il est précieux, mérite assurément qu’une section lui soit consacrée. Dire que le capitalisme de marché tel que nous le connaissons n’aurait pas été possible sans le pétrole n’est pas une exagération. L’or peut bien avoir connu une période où il était l’épine dorsale du système monétaire international, la croissance de l’économie mondiale a été littéralement et figurativement dictée par le pétrole.

L’arrivée tardive des États-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale, puis leur positionnement financier, et leur statut en tant que devise de réserve avec la signature des accords de Bretton Woods, sont souvent cités comme facteurs constitutifs de leur avènement en tant que superpuissance. Mais les États-Unis ne sont pas seulement ressortis de la guerre relativement indemnes, créanciers de la plupart de l’Europe, et dotés d’une devise occupant une position centrale dans le système monétaire mondial ; l’essor des États-Unis coïncida également avec la découverte de ses propres réserves de pétrole, qui remplaça rapidement le charbon en tant que première ressource énergétique du pays. Tout comme l’empire britannique avait régné sur le XIXe siècle – un empire, notons-le, alimenté par le charbon –, le XXe siècle allait être celui des États-Unis, et du pétrole.

Derrière ces événements que nous avons déjà abordés, il est important de garder à l’esprit que les années d’après-guerre virent une croissance continue de la demande en pétrole. Entre la fin de la Deuxième Guerre mondiale et l’abandon des accords de Washington, la consommation mondiale de pétrole tripla, et la demande augmenta de plus de 500%. Après la guerre, le pétrole remplaça rapidement le charbon, conférant par ailleurs un avantage concurrentiel en termes de productivité aux pays ayant opté pour ce changement. Des millions et des millions de barils quittaient le Moyen-Orient et le Venezuela, alimentant la reprise économique d’après-guerre et la croissance mondiale.

L’adoption généralisée du pétrole eut également pour conséquence de modifier progressivement l’équilibre des forces, rendant de nombreuses nations de plus en plus dépendantes d’un approvisionnement abordable et constant de la part des pays producteurs. Les membres de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP) tentèrent d’employer ce qui fut par la suite connu comme l’« arme pétrolière » pour la première fois en juin 1967, après la guerre des Six jours. En réponse à l’incursion israélienne en territoires égyptien, jordanien et syrien, les membres de l’OPEP décrétèrent un embargo sur le pétrole contre les pays considérés comme alliés à Israël et, en quelques jours, l’approvisionnement arabe en or noir avait chuté d’environ 60 %. La situation menaça d’empirer lorsqu’une guerre civile éclata au Nigéria le mois suivant, retirant quotidiennement encore 500 000 barils de brut de la chaîne d’approvisionnement mondiale. Le premier embargo pétrolier serait de courte durée et majoritairement inefficace, en raison de l’existence de réserves relativement saines, ainsi que du réacheminement de stocks en direction des pays les plus touchés.

Entre 1967 et 1973, la dépendance de l’économie mondiale vis-à-vis d’un pétrole bon marché avait réduit la capacité excédentaire à un niveau dangereusement bas. En 1970, il y avait environ 3 millions de barils de capacité excédentaire par jour (États-Unis exclus) ; en 1973, ce chiffre était tombé à 500 000 barils. Ainsi, lorsque l’OPEP agita la menace de l’« arme pétrolière » pour la deuxième fois le 17 octobre 1973, les enjeux étaient significativement plus élevés qu’en 1967.

Un certain nombre de facteurs convergents contribuèrent à la crise pétrolière de 73. Des négociations tendues entre l’OPEP et les sociétés pétrolières occidentales concernant le prix et la production duraient depuis quelque temps. Par ailleurs, lorsque le président Nixon mit un terme au système Bretton Woods en 1971 en annulant la convertibilité du dollar américain avec l’or, l’inévitable dévaluation de la devise qui s’ensuivit affecta les pays producteurs de pétrole car le prix du brut était (et est encore) indexé sur le dollar. Ajoutez à cela que la production américaine de pétrole avait atteint environ 10 millions de barils par jour en 1970 (avant de décliner régulièrement par la suite) et qu’en 1973, les États-Unis importaient concrètement 6 millions de barils par jour, se rendant extrêmement vulnérables aux interruptions dans l’approvisionnement, et vous avez les conditions idéales pour une tempête parfaite.

Le 6 octobre 1973, durant la fête juive du Yom Kippour, l’Égypte et la Syrie envahirent les territoires israéliens qui avaient été annexés lors de la guerre des Six jours, six ans plus tôt. Le 17 octobre, en réponse au soutien américain à Israël, l’OPEP augmenta les prix du pétrole de 70 %, et imposa un embargo sur les États-Unis et tout autre pays ayant soutenu Israël pendant le conflit. La guerre se termina à la fin du mois d’octobre, mais l’OPEP refusa de changer d’orientation. En novembre de la même année, l’organisation réduisit sa production de brut de 25 % et menaça de la baisser encore de 5 %. En décembre, le prix du pétrole doubla à nouveau. En janvier, lorsqu’Israël accepta de retirer ses troupes à l’est du canal de Suez, le cours de l’or noir était quatre fois supérieur à ce qu’il était avant le début de la crise.

L’attitude des pays producteurs de pétrole au cours de cette période pourrait être résumée par une citation mémorable du Shah d’Iran qui fut publiée par le New York Times en décembre 1973 :

 

« Bien sûr, [le prix du pétrole] va augmenter… Certainement !... Vous [l’Occident] avez augmenté de 300 % le prix du blé que vous nous vendez, même chose pour le sucre et le ciment… Vous nous achetez notre pétrole brut et nous le revendez, raffiné sous la forme de produits pétrochimiques, cent fois le prix que vous nous l’avez payé… Il est donc simplement juste qu’à partir de maintenant, vous deviez payer plus pour le pétrole. Disons dix fois plus. »

 

L’Iran n’avait pas participé à l’embargo, continuant d’expédier du brut en Occident tout au long du conflit, mais il était clair que l’ère du pétrole bon marché était révolue, et tout le monde le savait.

La crise du pétrole changea le paysage géopolitique et l’économie mondiale de nombreuses manières fondamentales. Les prix inflationnistes auxquels les nations de l’OPEP vendaient leur pétrole après l’embargo entraînèrent un ralentissement de la croissance économique à l’Ouest, tout en provoquant une inflation, une situation qui devint connue sous le nom de « stagflation ». Par ailleurs, le quadruplement du prix du pétrole entraîna immédiatement un énorme afflux de capitaux entre l’Occident et les nations exportatrices de pétrole au Moyen-Orient, dont une bonne partie fut dépensée dans les armes et la technologie, exacerbant un peu plus les tensions dans la région et débouchant sur une présence militaire américaine accrue. Le prix du pétrole, ainsi que son approvisionnement régulier, commença à peser lourdement à l’ordre du jour des nations industrialisées, tant le choc causé par l’embargo était grand. Il pourrait sembler qu’il s’agit des points les plus évidents à relier depuis notre perspective, mais, même s’il y a eu des signes précurseurs de la crise, le prix et l’approvisionnement du pétrole n’avaient jamais été avant 1973 le sujet de préoccupation qu’ils sont aujourd'hui. De nos jours, l’équilibre entre l’offre et la demande est si délicat qu’il est important que vous, en tant que trader du Forex, compreniez comment les devises sont liées au cours du pétrole (plus d’information à ce sujet ci-dessous), et vous teniez informé de tout événement mondial susceptible d’influencer son offre. Enfin, la crise du pétrole de 1973 fit aussi de l’économie d’énergie, un terme largement absent du vocabulaire populaire à l’époque, une priorité qui ne cesse de devenir plus pressante à mesure que nous continuons à épuiser les réserves planétaires de carburants fossiles.

Intervention coopérative des banques centrales – les accords du Plaza de 1985.

Vous avez peut-être observé une dynamique intéressante à l’œuvre dans la brève histoire du Forex que nous avons jusqu’ici résumée : un certain va-et-vient entre la nécessité d’une régulation et d’un contrôle substantiels, et une approche de type “laissez-faire” dans laquelle un marché libre est autorisé à s’autoréguler. Si vous avez identifié ce phénomène, vous avez vu juste : les deux moteurs contraires sont toujours présents, les partisans du premier se faisant plus entendre dans le sillage d’une crise économique, et les défenseurs du deuxième semblant avoir les rênes lorsque l’économie mondiale se porte bien. La crainte à l’origine de Bretton Woods, et de la volonté de Nixon de maintenir des taux de change fixes dans les accords de Washington, était précisément que si le marché était laissé à lui-même, des dévaluations concurrentielles entre des devises rivales et autres pratiques commerciales antagonistes provoqueraient une instabilité mondiale. À l’inverse, les défauts des accords de Bretton Woods et de Washington furent mis en lumière par un marché réticent ou incapable de s’en tenir à ces relations fixes qui lui étaient imposées à des fins de régulation. Et, à nouveau, la période entre l’entrée en fluctuation libre des principales devises mondiales et les accords du Plaza allait donner naissance au mythe selon lequel une simple dynamique de l’offre et de la demande suffit à réguler un marché efficace.

Nous avons déjà abordé la première crise majeure ayant affecté l’économie mondiale après l’abandon de Bretton Woods en 1971. Le quadruplement du prix de pétrole après la crise de 1973 se solda par des dépenses d’importation accrues pour les nations industrialisées, mettant à mal leur balance des paiements. Souvenez-vous que le pétrole est chiffré en dollars, et la réutilisation des dollars détenus par les nations de l’OPEP (recyclage des pétrodollars) a donc engendré un dollar américain fort, même si les États-Unis entretenaient toujours un déficit commercial conséquent.

À la fin des années 1970, la valeur du dollar US se mit à chuter, car ce déficit croissant avait affaibli la confiance des investisseurs. Ce phénomène fut exacerbé par la révolution iranienne et le deuxième choc pétrolier de 1979, lorsque l’OPEP augmenta de nouveau brusquement le prix du pétrole. Toujours est-il qu’au début des années 1980, une prise de position belliciste du directeur de la Réserve fédérale Paul Volcker, combinée à un intérêt renouvelé pour le dollar en tant que devise-refuge après l’éclatement de la guerre Iran-Irak, favorisa le retour en force de la devise américaine. L’année 1980 marquerait également un tournant décisif pour le pétrole du fait que la production accrue de l’URSS, du Venezuela, du Mexique, du Nigéria, ainsi que l’arrivée du pétrole d’Alaska et de la mer du Nord précipitèrent le début d’un recul de 20 points des cours du brut, et de l’affaiblissement de la mainmise de l’OPEP.

Le mandat de Volcker pour mettre un terme à la stagflation en augmentant les taux d’intérêts des États-Unis fut un succès, bien qu’une des conséquences involontaires de sa politique fut une surévaluation du dollar. Il en résulta que les exportations américaines étaient coûteuses et peu compétitives (en particulier dans l’automobile), tandis que les importations devenaient abordables, exerçant une pression supplémentaire sur la balance commerciale du pays. Entre 1980 et 1985, le dollar US s’apprécia d’environ 50 % face au yen, au Deutsche Mark, à la livre sterling et au franc français.

Les accords du Plaza, ainsi nommés parce qu’ils furent signés à l’hôtel Plaza de New York, étaient une tentative de resynchroniser les économies des États-Unis, du Japon, de l’Allemagne de l’Ouest, du Royaume-Uni et de la France en dévaluant le dollar. Au moment des accords, le déficit de la balance courante des États-Unis avait atteint 3,5 % du PNB du pays, alors que la croissance de son économie était de 3 %. À l’opposé, l’Europe affichait un important excédent commercial et connaissait une croissance négative d’environ - 0,7 %. Afin de rétablir l’équilibre, le G-5 valida une combinaison de taxes et de réductions des dépenses publiques, de développement du secteur privé et d’ouverture des marchés.

Au cours des quelques années suivantes, le dollar US allais se déprécier de 50 % par rapport aux devises des autres nations du G-5. En 1987, le yen japonais était passé de 242 à 150 par dollar. Le déficit commercial des États-Unis avec l’Europe avait également été efficacement réduit, bien que ce ne fut pas le cas avec le Japon.

Le dollar US allait continuer de plonger au-delà des objectifs fixés, incitant le G-6 à négocier les accords du Louvre, dans un effort pour stopper le déclin du dollar américain. Ceci allait s’avérer être une mission bien plus délicate que la dévaluation des accords du Plaza, car à la signature de ces derniers, le dollar suivait déjà une tendance baissière, alors que les accords du Louvre devaient essayer d’inverser ce qui était déjà un mouvement bien établi, ce en coordonnant les politiques financières des 6 premières économies mondiales. En 1988, le dollar valait 121 yens et 1,57 Deutsche Marks. Une hausse drastique des taux d’intérêt américains était la seule solution pour mettre un terme à la baisse et renforcer le dollar.

Les accords du Plaza furent un tournant historique dans le développement du marché des changes. C’était la première fois que des nations s’entendaient pour intervenir activement et de façon coordonnée pour influencer la valeur des devises, un exemple de la manière dont l’action des banques centrales pouvait être orchestrée à travers les frontières nationales dans l’intérêt de l’économie mondiale. Ce fut également un moment de l’histoire où les conséquences au sens large de la mondialisation étaient visibles aux yeux de tous, et où les marchés révélèrent avoir occasionnellement besoin d’une main directrice afin de fonctionner sans accroc et efficacement.

La crise de la dette latino-américaine

Dans les années 1980, une grande partie de l'Amérique latine a été affectée par une sévère crise de la dette qui ruina les vies et priva d’opportunités d'innombrables personnes; on l’évoque sous le nom de La Década Perdida, ou la décennie perdue.

Jusqu'à présent, nous avons esquissé un aperçu global de l'économie mondiale, traquant l’évolution des politiques du « chacun pour soi » menant à la Grande Dépression, jusqu’aux réalités mondiales d'aujourd'hui, où une unique surprise peut entraîner un effet domino ressenti tout autour de la planète. Nous avons vu comment une denrée précieuse dans les mains de quelques-uns peut être brandie comme une arme sur le reste du monde, nous avons examiné les dynamiques et les influences entre les marchés régulés et libres, et avons observé comment les banques centrales peuvent se coordonner entre elles pour influer sur les taux de change. Une des choses que vous pourrez observer lorsque vous vous plongerez dans les marchés est qu’aussi bien en les laissant livrés à eux-mêmes qu’en tentant de les controller, des résultats indésirables se produisent inévitablement.

Une des conséquences de la crise du pétrole des années 1970 est survenue à la suite du recyclage des pétrodollars. Le fait que le pétrole soit libellé en dollars américains conduisit à l'accumulation par les pays de l'OPEP d’énormes richesses lorsque le prix du pétrole a été considérablement augmenté. Les pétrodollars de l’OPEP ont inévitablement fini par retourner dans le système bancaire, en partie en raison du fait que de nombreux pays de l'OPEP ont choisi de ne pas réinvestir ce capital dans leurs propres infrastructures nationales. L'afflux massif de dépôts de pétrodollars a augmenté de façon significative la capacité de prêt des banques, et les demandes de prêts au sein des pays industrialisés ayant chuté au cours de la récession, une grande partie de cet argent a été prêté aux pays d'Amérique latine, alors en rapide industrialisation.

L’Amérique latine a connu un essor considérable dans la production de produits manufacturés depuis les années 1930 et après. Ses économies nouvellement industrialisées ont été axées sur la rupture de leur dépendance à l'égard des biens de consommation importés du monde développé, en construisant des industries locales destinées à alimenter cette demande. Ce processus d’industrialisation pour la substitution des importations (ISI) a apporté une croissance rapide de pays comme le Mexique, le Brésil et l'Argentine, mais approchait son plafond en termes de possible croissance future sans le renouvellement d’investissements dans la fabrication de biens de consommation plus complexes tels que les voitures.

Au cours de la crise du pétrole de 1973, la flambée des prix du pétrole et une réduction de la production mondiale conduisit des producteurs de pétrole d'Amérique du Sud à prendre le relais des pays de l'OPEP et à exporter une grande quantité de pétrole aux États-Unis. Cela était toutefois voué à être de courte durée: Une fois que les prix excessifss eurent baissé après la crise, et que les niveaux de production ont à nouveau remonté au Moyen-Orient, les économies de pays tels que le Mexique sont devenues instables. D'autres importateurs nets de pétrole d'Amérique du Sud ont souffert de l'augmentation de leurs factures de carburant au cours de la crise, et de la hausse des remboursements de la dette après la crise, lorsque leurs créanciers occidentaux ont relevé les taux d'intérêt.

Le choix de miser sur la poursuite de l’industrialisation pour la substitution des importations, plutôt que sur la transition vers des économies basées sur l’exportation, était peut-être en partie déterminée par le climat économique mondial de l'époque. La grave récession qui a frappé les pays développés dans le sillage du choc pétrolier a entraîné une chute spectaculaire de la demande d'importations, tout comme la demande de matières premières, qui a également impacté négativement les exportations de l'Amérique du Sud.

Avec la hausse des taux d'intérêt en Occident, en particulier aux États-Unis où les politiques agressives ont été introduites par le président de la Fed Paul Volker pour faciliter la stagflation (la plupart des banques commerciales qui avaient prêté de l'argent à l'Amérique du Sud étaient américaines et japonaises), le coût de ces prêts a considérablement augmenté. La hausse des taux d'intérêt a également contribué à restaurer la confiance dans le dollar américain, ce qui a augmenté la pression sur les taux de change en Amérique latine, majorant à la fois le poids de leurs dettes et le coût de leurs remboursements. De 1975 à 1983 la dette de l'Amérique latine a augmenté de 75 milliards à 315 milliards de dollars, ce dernier chiffre représentant environ 50% du PIB de la région. Le coût annuel de la dette de ces prêts a également augmenté de 12 milliards en 1975 à 66 milliards de dollars en 1982.

En août 1982 le ministre mexicain des Finances, Jesus Silva-Herzog, a annoncé que le pays ne serait pas en mesure de rembourser les intérêts de ses prêts existants. Le marché des prêts a implosé d’un jour à l’autre. Les banques commerciales ont cessé de prêter à cette région et comme la plupart des prêts existants étaient de courte durée, et que les banques refusaient de les refinancer, cela conduisit à des milliards de dollars de dette exigibles en même temps.

La crise qui en résulta fut la pire dans l’histoire de la région. Le taux de chômage monta en flèche, les revenus et le pouvoir d'achat chutèrent, la croissance stoppa net et la pauvreté augmenta du fait que les programmes sociaux furent abandonnés en faveur du remboursement de la dette. Entre 1982 et 1985, les économies d'Amérique latine se sont contractées de près de 9%. Afin de refinancer les prêts existants, les pays ont été obligés d'accepter des conditions beaucoup plus strictes et de permettre au Fonds monétaire international (FMI) d'intervenir et d'adopter des mesures d'austérité et des réformes à des échelles nationales, dont la plus notable était l'abandon de l’industrialisation pour la substitution des importations en faveur du capitalisme de libre marché et de la privatisation de l'industrie.